Sécheresse extrême : peut-on jardiner sans eau ?

Cultiver carottes sans arroser
Dans son jardin, dans les champs, dans les cultures des maraîchers : réussir à cultiver sans arroser est un défi en période de forte sécheresse. Et si l'on n'y prend pas garde, un mirage qui tient du n'importe quoi.

Alors que la France connaît un épisode de sécheresse extrême, lié au contexte global de réchauffement climatique, le manque d’eau impacte toutes les régions et toutes les professions ou activités.

Un reportage, repris plusieurs fois sur le web ou la télé, met en avant la culture sans eau et fait passer les paysans pour des « fainéants ».

Alors, peut-on cultiver sans eau et comment ?

 

Sécheresse record

2022 est une année qui est bien partie pour cumuler de bien tristes records.

Alors que l’été n’est toujours pas fini, la France et l’Europe enregistrent tous les records de chaleurs et de sécheresse. Les vagues de chaleurs et de canicules se suivent et se ressemblent.
Les forêts et les champs sont détruits par d’immenses incendies.

Selon Météo France, juillet 2022 est le deuxième mois le plus sec dans l’Hexagone depuis le début des relevés, qui remontent à 1958.

Mais surtout, ce qui était fréquent dans le sud de la France est devenu le quotidien de tout le pays. A l’heure où nous écrivons ces lignes, 91 départements sur 96 sont en alerte sécheresse et connaissent des restrictions d’eau. Les lacs et rivières sont au plus bas, voire à sec.

Changement de comportements, adaptation de la société, transformation des méthodes de production : tout cela semble inéluctable et urgent.
Y compris dans le domaine de l’agriculture.

 

Jardiner sans eau

Un secteur qui est très souvent pointé du doigt, et parfois à juste titre il faut aussi l’admettre, c’est l’agriculture.
Qui ne s’est jamais étonné de voir ces immenses champs aspergés de quantités phénoménales d’eau, pour arroser des cultures très gourmandes en eau (le maïs notamment) dans des régions plutôt sèches ?

arrosage de champs de maïs
champs de maïs arrosés abondamment

A l’inverse, de plus en plus d’agriculteurs et maraîchers cherchent des solutions pour produire mieux tout en consommant moins d’eau.

Mais gare aux raccourcis trop simplistes.

 

Reportages simplistes

Début août, un reportage du journal Le Parisien, suivi également d’un reportage par TF1 et de nombreux blogs, réseaux sociaux etc, a fait réagir :

Un maraîcher parvient à cultiver sans eau, sans pesticides et sans intervention humaine.
Mieux, il obtiendrait d’excellents légumes et en grande quantité.

Sur la papier, ou pour faire stupidement le buzz, cela semble plus qu’intéressant !
Imaginez : un maraîcher aurait trouvé une solution pour produire mieux, sans eau, sans pesticide, et facilement.
D’ailleurs il le dit lui-même dans le reportage : les agriculteurs sont devenus fainéants.

Pour qui est friand de théories complotistes, de « solutions anti-système », ou encore de méthodes faciles et toutes faites sans avoir besoin de brancher le cerveau, ça vend du rêve.

Dans la réalité, un tel « reportage » est bourré de biais, manque d’informations, ne met rien en situation, ne compare rien
Bref : ça ne vaut rien.

Pourquoi ?
Des professionnels vous l’expliquerons encore mieux.

 

Réponses de maraîchers

Ce reportage sur la prétendue méthode pour cultiver sans eau a fait réagir des agriculteurs et maraîchers de plusieurs régions en France.
Dont certains très suivis pour la qualité de leurs vidéos sur les réseaux sociaux.

On vous met ces vidéos ci-dessous.
Mais pour résumer les différentes réactions, notons que :

  • Le reportage fait une généralité, sans prendre en compte des régions incomparables (humidité, pluviométrie, types de sols…).
  • Certaines pratiques visibles dans le reportage vont à l’encontre de nombreuses recommandations pour cultiver avec moins d’eau.
  • Le discours compare des époques incomparables. Cultiver comme au Moyen-Âge, aujourd’hui ? Vraiment ? Avec une population qui était alors de l’ordre de 16,6 millions d’habitants en France, contre +67 millions aujourd’hui, et des famines très fréquentes au Moyen-Âge ?
    Vouloir cultiver sans pesticide ne veut pas dire perdre la raison et le bon sens.

Bref, si certains aspects mis en avant dans le reportage, ou certains points de vue, peuvent effectivement être très intéressants, tout généraliser sans rien comparer est… trop rapide, trop simpliste, et plus que discutable pour ne pas dire idiot.

 

Cultiver avec moins d’eau

Pour autant, réussir à cultiver sans arrosage ou a minima en réduisant drastiquement sa consommation d’eau est effectivement possible, sous certaines conditions.

Dans toute la France, des agriculteurs et maraîchers cherchent et développent ces techniques.

 

Ne pas labourer

Le fait de labourer, c’est-à-dire retourner la terre avec une grosse charrue, est peut-être une technique ancestrale, mais elle très destructrice.
Labourer va détruire l’écosystème, tuer une quantité phénoménale d’insectes et de vers de terre.

tracteurs qui labourent un champ
des tracteurs qui labourent un champ

Pour un sol en bonne santé avec une biodiversité riche et préservée : on ne laboure pas !

 

Utiliser du paillage

Un sol à nu, comme visible dans le fameux reportage du Parisien, est une très mauvaise chose.

Mise à nu, la terre va sécher très facilement. L’eau s’évapore et les plantes n’en profitent pas.
Dès qu’il pleut, le sol desséché est incapable d’absorber cette eau qui va ruisseler.

culture avec terre mise à nu
culture avec terre mise à nu

Pour utiliser moins d’eau voire réussir à cultiver sans arroser, un bon paillage est indispensable.
Plusieurs techniques existent pour cela : résidus végétaux, foin…

culture de fraises avec paillage
un bon paillage dans un champ de fraises

D’ailleurs, vous le faites peut-être déjà en partie avec votre tondeuse à gazon ou tracteur tondeuse !
Le mulching, c’est ça. La machine broie finement l’herbe et ne la ramasse pas.

L’essentiel est d’avoir une bonne couche qui va garder davantage l’humidité, empêcher que la terre ne se dessèche, et permettre aux racines de se développer plus facilement.

 

Faire de l’ombre

Un jardin ou une culture totalement exposés au soleil, surtout en été, peut être mauvais.

Faire de l’ombre protège les plants des excès de chaleur et du dessèchement.

Là aussi, on retrouve tout un tas de techniques à travers le monde :
planter proche d’un mur en brique (technique de fleuristes anglais) ; utiliser des voiles d’ombrage ; faire pousser des grands arbres qui protègent les cultures…

 

Exploiter des variétés anciennes et résistantes

Bien sélectionner les légumes et les fruits selon la région est indispensable.

Utiliser peut-être des variétés anciennes, mieux adaptées et plus résistantes.

Ou encore utiliser ses propres semis déjà adaptés au sol et à l’environnement, plutôt que ceux de multinationales qui produisent des hybrides, disons-le clairement, de merde.

 

Avoir un minimum d’humidité et de fraîcheur

Oui on peut trouver des témoignages où maraîchers et agriculteurs arrivent à produire sans arroser.
Mais pas partout, tout le temps ni de la même façon !

Il faut tout de même un minimum d’humidité, un minimum de pluie ou encore des températures qui n’atteignent pas les tristes records enregistrés cette année.

Même avec de bonnes méthodes, il est toujours plus facile de cultiver ses fruits et légumes quand il pleut fréquemment toute l’année et quand les températures dépassent rarement les 30°C, que dans les régions très sèches où le thermomètre frôle les 40°C.

 

Cultiver sans arroser

Pour conclure, oui il est possible de mieux cultiver et de produire en quantité et en qualité, en consommant beaucoup moins d’eau voire sans arroser.

Mais attention aux raccourcis trop faciles ou qui frisent même parfois l’idiotie.

 

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