Canon effaroucheur, entre besoin agricole et gêne de voisinage

Corbeau dans un champ à la campagne
Entre protection des cultures et nuisance de voisinage, le canon effaroucheur d'oiseau est parfois source de crispations et de litiges.

Détonations et bruits à répétition dès le printemps et en été.

Toutes les 10, 15 ou 20 minutes, une détonation se fait entendre.
Dans certaines zones avec du matériel mal réglé, c’est une détonation toutes les minutes !

Le coupable ? Le canon effaroucheur.

 

Qu’est-ce qu’un canon effaroucheur à oiseaux ?

Le canon effaroucheur à gaz est un dispositif destiné à faire fuir les oiseaux dans un champ et protéger les récoltes, notamment en période de semis.

On va en trouver aux abords des cultures de maïs, de tournesol…

Il est constitué d’une bonbonne de gaz et d’un tube, comme un canon.

Automatique, l’engin émet des détonations qui sont déclenchées à intervalle régulier.
La puissance (donc le bruit) varie en fonction des dispositifs.

Certains modèles sont plus élaborés que d’autres et sont notamment équipés de cellule solaire pour stopper automatiquement les détonations la nuit.

Pigeon ramier dans un arbre
pigeon ramier dans un arbre

 

Règlementation en vigueur

Il n’existe pas à ce jour de loi ou de règlement qui encadre strictement et clairement l’utilisation des canons effaroucheurs d’oiseaux en France.

Une règle générale est pourtant à respecter, selon l’article R1336-5 du code de la Santé publique :

« Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme, dans un lieu public ou privé, qu’une personne en soit elle-même à l’origine ou que ce soit par l’intermédiaire d’une personne, d’une chose dont elle a la garde ou d’un animal placé sous sa responsabilité. »

Source : legifrance.gouv.fr

Notez donc que comme pour toute autre nuisance sonore, il n’est plus question du seul tapage nocturne : les bruits et nuisances occasionnées en journée relèvent aussi du trouble du voisinage.

Ceci dit, comment savoir à quelle distance des habitations les canons doivent être placés ? Ou à quelle fréquence peuvent-ils détoner ? Sur quelles plages horaires ?

Tout cela dépend d’une part d’un arrêté préfectoral, puis d’un arrêté de la mairie.
La règlementation peut donc varier d’un département à l’autre, mais aussi d’une commune à l’autre.

Il peut y avoir une tolérance exceptionnelle accordée par la préfecture et / ou la mairie, pour que l’exploitant agricole protège ses récoltes.

Sources : agri79.fr et oise-agricole.fr

Il est généralement recommandé si l’on installe un canon effaroucheur, de programmer les détonations toutes les 10, 15 voire 20 minutes au minimum.
Le dispositif doit également être placé à au moins 250 ou 300m des habitations, et orienté dans le sens inverse.
L’exploitant agricole doit prendre en compte le vent, les obstacles naturels ou non pour limiter la portée du bruit et la gêne pour le voisinage.
Les canons ne doivent pas non plus être utilisés de nuit, lors des weekends et jours fériés de préférence.

 

Pourquoi les agriculteurs en utilisent ?

Agriculteurs et maraichers gagnent leur vie grâce à leurs cultures.

On le sait depuis des années, nombre d’entre eux, pour les petits exploitants, ont même souvent du mal à se verser correctement un salaire ou avoir une retraire correcte.
Ce sont des métiers éprouvants, sans trop de vacances, sans horaires (n’espérez pas tenir une exploitation agricole en faisant les 35h) …

Alors voir une récolte mise à mal en quelques jours à cause des corbeaux ou des pigeons peut exaspérer les professionnels et représenter une lourde perte financière.
Dès que les champs sont ensemencés, des nuées d’oiseaux peuvent se jeter sur les plantations et ruiner une récolte en un temps record.

Culture d'un champ de maïs
Champ de maïs à la campagne

 

Parmi le lot de solutions proposées, depuis pas mal d’années un équipement est plébiscité par des vendeurs de matériel agricole : le canon effaroucheur.

Présenté comme pratique, économique, facile d’utilisation car automatique, et redoutablement efficace pour faire fuir les oiseaux et protéger les récoltes : bref, pour l’agriculteur, ce serait un gage de tranquillité et de récolte protégée (donc de revenus).

Oui mais… car il y a toujours un « mais », les oiseaux ne sont pas les seuls à vivre à la campagne.

 

Une gêne croissante pour les riverains

Les petits villages de campagnes connaissent un regain d’attraction et d’intérêt, encore renforcé depuis le premier confinement en 2020.

De nouveaux lotissements sortent de terre, de vieilles bâtissent sont retapées, et les campagnes sont plus vivantes.

Seulement fuir les bruits de la ville, pour se faire réveiller au petit matin ou au milieu de la nuit par un canon effaroucheur n’a absolument rien de séduisant ni d’agréable.

Problème de néo-citadin ?
Pas seulement ! Que répondre à toutes celles et tous ceux qui ont toujours connu le calme et la quiétude de la vie à la campagne, et qui doivent désormais subir ces détonations à répétition ?

 

Problème du bruit à répétition

Comme souvent, l’origine du conflit et du sentiment d’oppression ne vient pas simplement d’un bruit unique.

Après tout quand on vit à la campagne on a l’habitude d’entendre un coup de marteau, une scie circulaire, un tracteur qui passe…
Or le problème avec le canon effaroucheur à oiseaux, c’est qu’il s’agit d’une détonation puissante, répétitive, qui dure des semaines voire des mois et ce parfois 24h/24.
Voilà de quoi rendre même quelqu’un de très patient tendu et sur les nerfs.

 

A différencier des bruits de la campagne

Vivre à la campagne, se rapprocher de la nature, c’est accepter un mode de vie plus rural.

Contrairement aux villes, il y a certains bruits et certaines odeurs à la campagne qui font partie du cadre de vie : chant du coq, un âne qui brait dans sa pâture, un tas de fumier à la sortie d’un village…

Suite à de nombreux conflits et procès tirés par les cheveux, le patrimoine de la campagne est désormais protégé par une loi, et c’est une bonne chose.

Mais peut-on considérer que la généralisation du canon effaroucheur à oiseaux, qui provoque des détonations à intervalle très rapproché, parfois jours, nuits et weekends… fait partie des bruits de la campagne ?

On ne parle pas ici d’une moissonneuse batteuse qui va tourner quelques nuits d’été pour faucher les blés.
Ni d’une vache qui va meugler le matin en allant à la traite.

Des témoignages et vidéos sont faciles à trouver dans différentes régions, presse locale ou nationale.

 

Nuisance sonore et source de conflits

Régulièrement et de plus en plus, les riverains des canons effaroucheurs se plaignent de la gêne occasionnée : trouble du sommeil, stress, trouble chez les plus petits…

D’un autre côté, les agriculteurs qui voient leurs récoltes mises à mal et les semis parfois détruits en quelques jours seulement, cherchent un peu par tout moyen à protéger les cultures.

Quand chacun s’estime dans son droit… le dialogue n’est pas facile et les conflits surgissent facilement.

Certains agriculteurs et maraichers (nous insistons sur le « certains ») tirent d’ailleurs à boulet rouge sur toute personne qui critique ces matériels, souhaitant expulser de la campagne ces néo-citadins qui n’aiment pas les bruits de la campagne…

Toutefois si l’on résume tout le sujet à de tels arguments… alors un agriculteur ne devrait-il pas s’accommoder de la présence d’animaux à la campagne ?

Après tout, qu’est-ce qui est le plus naturel et « campagnard » dans un champ : un bruit de canon, ou des oiseaux ?

étourneau dans un cerisier
étourneau dans un cerisier à la campagne

 

Limites du matériel

Etant donné la gêne occasionnée pour le voisinage des cultures, est-ce que le système est au moins infaillible pour protéger les récoltes ?

En réalité, pas du tout !
Ce type d’installation tend à se généraliser et aujourd’hui, très nombreux sont les agriculteurs à s’équiper de canons effaroucheurs à gaz.
Les oiseaux sont de plus en plus habitués à entendre ces détonations.

Surtout, il est prouvé et facile de constater que si la fréquence des détonations est trop élevée… elle ne surprend plus du tout les volatiles.
Avec des détonations réglées parfois toutes les minutes, corbeaux, merles, étourneaux ou pigeons s’accoutument rapidement et ne prêtent plus attention à ces bruits.

Les agriculteurs pourraient d’ailleurs opter pour d’autres solutions.

 

Quelles alternatives au canon effaroucheur ?

Il existe pourtant des alternatives.

On peut ainsi lister les bandes réfléchissantes ou les bandes rouges et blanches, qui vont bouger avec le vent, faire du bruit et dont les couleurs ou la luminosité vont effrayer les oiseaux.
Il existe aussi des drapeaux et d’autres sortes d’épouvantails.
Même s’il faut bien l’admettre, ces solutions restent peu efficaces.

Aussi un équipement que l’on peut voir dans les cultures : le cerf-volant en forme de rapace.

Buse sur un poteau dans un champ
Buse dans un champ

 

Les rapaces tels que les buses, faucons ou milans sont des prédateurs naturels pour les pigeons ou les corbeaux.
A la vue de ce cerf-volant qui reprend la forme et la couleur du rapace, les oiseux prennent peur et ne se nourrissent pas des semis.

 

Vers qui se tourner en cas de nuisance ?

Comme nous l’avons évoqué plus haut, il n’existe pas à ce jour de cadre strict pour réglementer l’utilisation de ces équipements.

Globalement et en général, la tranquillité du voisinage doit cependant être respectée.

En premier lieu, essayez de discuter entre riverains et agriculteur : peut-être qu’en orientant différemment le canon effaroucheur, en espaçant les détonations ou en réduisant la plage horaire (et la période de l’année), un compromis peut être trouvé.

Si chaque partie met de l’eau dans son vin et entend les arguments de l’autre, alors un dialogue apaisé devrait être possible.

Si la discussion échoue, les riverains peuvent faire appel à la police ou la gendarmerie pour constater la nuisance et le trouble à la tranquillité.

Il est aussi possible, et recommandé, de s’adresser au maire : en effet, le maire a légalement le droit de restreindre davantage (ou au contraire accepter) l’utilisation à certains moments de ce matériel.

Enfin, si aucune solution n’est trouvée, les riverains peuvent décider de porter plainte.

 

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