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« Sur cette île, à force de passer de la désolation d’hier au soir à la splendeur d’aujourd’hui, on dirait qu’il se crée une affinité entre les autochtones et celle oscillant entre le ravissement et le désarroi, que l’on rencontre fréquemment chez les artistes comme aussi chez certains aliénés. » John M. Synge
La photographie comme témoin irrécusable de la subjectivation d’une réalité admirée. En quête de sens et de ravissement, je suis, dans mon travail, une intuition : j’arpente des territoires grandioses dont la force et l’immensité apaisent mon désarroi et le ramène à de justes proportions. Je vais à la rencontre de civilisations remarquables qui m’initient à l’énigme de la condition humaine. Mes photos sont des portraits. Portraits figés dans leur gravité. Images de lieux et d’individus ayant une identité propre, qu’il m’importe d’isoler pour la faire échapper à l’anecdote et l’investir ainsi d’une portée emblématique intemporelle. Par mes photos, je rends hommage à ces « équilibreurs de rochers » dont parle Geneviève Calame Griaule, à ces grands bâtisseurs-sculpteurs que sont la Nature et l’Homme. Mes photographies ne poursuivent qu’un seul sujet qui s’articule dans le rapprochement de portraits et de paysages – qu’ils soient d’Irlande, d’Afrique ou d’ailleurs. Montrer ce qui est. Montrer la matière de ce qui est à défaut d’en connaître le sens. Il s’agit donc de révéler, sans les trahir, ces paysages majestueux comme ces êtres à la fois dignes et vulnérables qui m’émeuvent, me troublent et suscitent mon admiration. Ces êtres qui vivent et persistent dans des conditions exigeantes. Trop humide, l’Irlande. Trop aride, l’Afrique. Captif, chacun l’assume à sa façon sous l’impératif de ce que le philosophe Alain Badiou nomme chez Beckett l’increvable désir. La photographie est pour moi une manière d’appréhender le monde et de m’y situer. Si le propos de l’artiste est d’exprimer l’incommunicable, la tâche que je m’assigne est, selon la formule du photographe August Sander, voir, observer, penser à moins que ce ne soit, selon celle du philosophe, aller, être, et dire.
Agnès Pataux
Auteur-photographe des ouvrages Irlande, au rivage de l’Europe et Dogon, gens de la falaise aux éditions 5 Continents, Agnès Pataux poursuit actuellement un travail en milieu animiste au Mali et au Burkina Faso auprès des confréries de chasseurs et des tradipraticiens et de leurs objets de culte. Elle réalise également une série de portraits de célibataires en milieu rural. Elle vit et travaille à Paris. Contact : 01 42 58 88 79. SPECTACLE La comédie indigène
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